jeudi 3 novembre 2016

l’appeau d’Ecouille



De « l’appeau d’Ecouille » à « l’appeau d’Ephèse » … une vieille histoire de potaches

Vous aussi vous vous plaisez à rechercher l’origine de certaines de nos expressions fleuries et vos proches, grâce leur en soit rendue, participent à ce petit jeu qui peut parfois éclairer notre vieille lanterne abîmée mais aussi, plus souvent, nous induire en erreur en propageant certaines des fables urbaines les plus anciennes …
Que mes chers parents m’excusent la vulgarité temporaire du propos mais d’où peut donc venir la fameuse expression « cela coute la peau des fesses »?
Notez cher lecteur que j’ai bien pris garde à retenir la version la plus édulcorée de l’expression envisagée afin de respecter la sensibilité parfois à fleur de peau de certaines de mes lectrices… Quoi qu’il en soit on me fit parvenir la petite histoire qui suit, charmante et apparemment éclairante pour notre devinette :
« Par un beau jour d’automne 1820, le duc de Mirnouf, passionné par la chasse mais frustré par le maigre gibier qu’il ramenait de ses pérégrinations forestières, imagina qu’il devait être possible de fabriquer un outil apte à lui faciliter la tâche et rendre plus plaisante sa traque des animaux. Il convoqua tous les artisans de la contrée pour mettre au concours la concrétisation de cette idée et leur laissa deux mois pour fabriquer le plus inventif et le plus efficace des appareils. A peine une semaine plus tard, un marchand du nom de Martin Ephèse, se présenta au château clamant à qui veut l’entendre qu’il possédait ce dont le duc rêvait. Il obtient sans peine une audience au près du noble et s’empressa de lui faire la démonstration de sa merveille. Devant une assemblée dubitative mais curieuse, il sortit de sa poche un minuscule sifflet et le porta à la bouche pour produire un son strident qui aussitôt imposa le silence parmi les personnes présentes. A peine quelques secondes plus tard, des dizaines d’oiseaux de toute sorte s’étaient approchés et virevoltaient autour de lui, comme attirés et charmés par cette étrange mélodie. Le duc imagina sans peine le profit qu’il pouvait tirer d’un tel accessoire lors des ses futures chasses. Il s’éclaircit la gorge et ne prononça qu’une seule phrase: – Combien cela va-t-il me coûter? 
Martin Ephèse, sûr de lui, répondit qu’il accepterait de se séparer de son objet en échange de la moitié de la fortune de son interlocuteur. Cette requête fit sourire l’assemblée mais le duc garda tout son sérieux et accepta la transaction. La nouvelle fit grand bruit et se répandit vite bien au delà des limites du duché: Un marchand avait vendu un sifflet pour une somme astronomique au Duc qui en paya le coût sans broncher.  On ne sait plus aujourd’hui ce que le marchand est devenu par la suite et l’objet n’a  hélas pas survécu aux années mais cette anecdote a subsisté dans la langue française pour qualifier les objets hors de prix: « coûter l’appeau d’Ephèse ». »
Alors bien sur si nous avions retenu l’option « appeau d’Ecouille » avec Martin Ecouille nous aurions pu compléter notre joli conte par la conclusion suivante : « Le Duc était un inculte. Nombreux étaient les hellénistes de son temps qui savaient que déjà, au VIIIe siècle avant J.C, les ébénistes de la ville d’Ephèse, sur la mer Egée, fabriquaient des appeaux de grande qualité, très efficaces et surtout bon marché. Si le Duc avait été un peu instruit, il aurait su que l’appeau d’Ephèse coûtait moins cher que l’appeau d’Ecouille… » Mais bon voilà nous avions choisi la version soft !
Alors bien sur tout cela n’est qu’une vaste supercherie, un canular vieux comme le monde qui poursuit sa petite vie tranquille dans l’immensité d’internet…
On file sur le site expressio.fr qui nous donne tous les éléments nécessaires à notre enquête … ainsi si l’on n’a bien évidemment pas de certitude quant à l’origine exacte de l’expression ce qu’on peut dire c’est que l’expression n’apparaît qu’à la fin du XIXème, sous la plume d’Alphonse Allais  sous la forme raccourcie : « coûter la peau » prouvant ainsi qu’à cette époque, toute la peau et pas seulement celle de certaines parties du corps avait de l’importance (d’après le « Dictionnaire historique de la Langue Française »).  Ensuite qu’elle trouve sa forme étendue actuelle vers le milieu du XXème siècle. Ainsi, d’après le « Trésor de la Langue Française », l’expression « ça vaut la peau des fesses » est attestée dans un article du « Nouvel Observateur » du 12 janvier 1976. Claude Duneton et Sylvie Claval, les auteurs du « Bouquet des expressions imagées », l’ont retrouvée quant à eux sous la forme « ça coûte la peau des fesses » dans « Les Ruskoffs » de Cavanna, publié en 1979. Cette extension de l’expression s’explique peut-être par contamination d’autres expressions comme « je vous attraperai par la peau du cul », qui se retrouve par exemple dans « Travelingue » de Marcel Aymé, publié en 1941 (d’après la deuxième édition du « Grand Robert »). A noter que ce type d’expression était déjà en usage du temps d’Alphonse Allais : on trouve la phrase « à moins que je vous prenne par la peau du cou » dans « L’Embrasseur », une histoire du recueil « A se tordre » publié en 1891. (source hoaxbuster)
Oui j’aurais voulu y croire moi aussi à cette belle histoire de Duc richissime fou de chasse au point d’y sacrifier la moitié de sa fortune mais que voulez-vous la vie de la langue est parfois d’un trivial

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire